Ouvert jour et nuit, sans formulaire d'inscription, l'annuaire s'adresse à la France ; il est entré au palmarès en 2021. La ligne vers laquelle il renvoie est surtaxée et se paie sans carte bancaire. Sa note de 7,9 le situe au cœur de la sélection du téléphone rose : assez haut pour mériter qu'on s'y arrête, assez bas pour que l'on cherche ce qui cloche.
Une direction artistique sans faux pas
Le premier atout tient à la variété des niches. Fétichisme, approche tantrique, jeu de rôle : l'annuaire ne se contente pas des catégories que l'on retrouve partout, il descend dans des registres plus confidentiels. Pour l'appelant dont les envies sortent du tronc commun, c'est un gain réel, parce qu'il n'aura pas à deviner quelle ligne généraliste acceptera de le suivre.
Le deuxième atout est visuel. La cohérence graphique se maintient sur tout le site : mêmes codes, même mise en page, même ton d'une page à l'autre. Un réalisateur qui confie toute l'image à un seul chef opérateur obtient ce genre d'unité, et le spectateur la ressent sans forcément la nommer. Ici, elle donne au visiteur l'impression d'un annuaire tenu, pas d'un assemblage de pages hétérogènes.
Le troisième atout est le plus discret et peut-être le plus estimable. Toutes les images portent un texte alternatif renseigné. Ce texte, invisible pour la plupart des visiteurs, est lu par les logiciels de synthèse vocale qu'utilisent les personnes malvoyantes. Le renseigner sur chaque image d'un site adulte relève du soin pur, celui qu'on remarque seulement quand il manque. Dans la sélection du téléphone rose, aucun autre site ne s'en voit créditer, et c'est l'un de ces détails qui font la différence entre un annuaire monté à la hâte et un annuaire pensé pour durer.
Une seule bobine pour toutes les salles
C'est ici que l'annuaire perd ses points. Chaque fiche, quelle que soit la niche annoncée, renvoie vers la même ligne de téléphone rose. L'appelant qui a choisi le tantrique et celui qui a choisi le jeu de rôle composent le même numéro. Imaginez un multiplexe qui afficherait dix films différents à l'entrée et projetterait la même bobine dans chaque salle : l'affiche ne ment pas tout à fait, mais elle promet une diversité que la projection ne tient pas. La finesse des niches, qui faisait le premier atout du site, s'en trouve largement neutralisée.
La seconde réserve est plus banale : l'annuaire ne propose aucun tri par prix. L'appelant ne peut pas classer les offres de la moins chère à la plus chère. À vrai dire, il n'aurait rien à classer : la ligne commune est facturée 0,80 € la minute, à quoi s'ajoute le prix d'un appel, quelle que soit la fiche par laquelle on entre. Le guichet est unique, le tarif aussi, et l'annuaire ressemble davantage à une vitrine qu'à un comparateur.
Le premier défaut est le plus coûteux, et le plus simple à corriger dans l'intention : relier chaque niche à des lignes qui lui correspondent vraiment. Une alternative qui le ferait, sans perdre la direction artistique, passerait devant.
Le spectateur que l'affiche attirera
L'annuaire plaira au visiteur sensible à la présentation, qui aime naviguer dans un site cohérent et soigné, et à celui qui cherche des mots pour ses envies plus que des numéros. Il plaira aussi, et ce n'est pas rien, à l'internaute malvoyant qui trouvera ici des images décrites. Pour ces publics-là, la séance est méritée. L'appelant qui attend d'une niche une ligne spécialisée, ou qui veut d'abord comparer plusieurs tarifs, doit savoir qu'il retrouvera derrière chaque fiche le même numéro, au même prix.