Le détour n'est pas une façon d'esquiver. Un blog qui répond à cette question sans citer de source livre une impression, parfois juste, souvent biaisée par ce que son auteur voit autour de lui. Une enquête interroge un échantillon construit pour représenter la population, pose les mêmes questions à tous et publie sa méthode. C'est la différence entre un avis de spectateur à la sortie et un relevé de billetterie.
Ce que mesurent les enquêtes publiques
En France, la référence est l'enquête Contexte des sexualités en France, conduite par l'Inserm avec l'ANRS Maladies infectieuses émergentes, dont l'édition de 2023 a été publiée en novembre 2024. Elle prend la suite de l'enquête de 2006 dirigée par Nathalie Bajos et Michel Bozon, ce qui permet de comparer deux époques avec une méthode proche.
Deux tendances en sont ressorties et ont été largement reprises. D'un côté, une activité sexuelle déclarée en baisse par rapport à 2006. De l'autre, un répertoire de pratiques plus diversifié : les personnes interrogées déclarent un éventail plus large qu'auparavant, et la sexualité ne se résume plus, dans les réponses, à un scénario unique. Ce palmarès ne reprend pas de pourcentage, faute de pouvoir renvoyer ici au tableau exact ; les rapports de l'Inserm les publient en détail.
Une réserve s'impose. Ces chiffres sont déclaratifs : ils mesurent ce que les gens acceptent de dire à un enquêteur, ce qui varie avec l'âge, le genre et l'époque. Une hausse d'une pratique peut traduire une hausse réelle, ou simplement une parole plus libre.
Les grands types de relations sexuelles
Les enquêtes distinguent d'abord la sexualité solitaire et la sexualité partagée, puis, dans la seconde, les relations à deux et à plusieurs, les relations avec ou sans pénétration, les préliminaires comme catégorie à part entière. Ce découpage sert à mesurer, pas à hiérarchiser : aucune enquête sérieuse ne présente une pratique comme plus normale qu'une autre parce qu'elle est plus fréquente.
La même prudence vaut pour les orientations et les manières de vivre le désir. La greysexualité, par exemple, désigne la situation de personnes qui ressentent rarement de l'attirance sexuelle, ou seulement dans certaines circonstances : elle se situe entre l'asexualité et une sexualité vécue plus couramment. Le terme décrit une expérience, il ne fixe pas de seuil.
Ce que les huit blogs en font
Aucun blog de cette sélection ne remplace une enquête, et aucun ne le prétend. Ils se départagent sur ce qu'ils apportent à côté. Gais et Lesbiennes ordonne ses sept rubriques des rencontres jusqu'aux pratiques sexuelles et traite les couples gays et lesbiens à parité, mais n'affiche aucune date de publication. Dépendances aborde l'hypersexualité et la dépendance affective avec un test d'auto-évaluation, sans qualification professionnelle affichée pour son autrice. Ero-zine date chacun de ses articles, ce qui permet au moins de savoir de quand parle le texte.
Les autres choisissent des terrains plus étroits. Les Fées Rotiques raconte l'histoire du téléphone rose, du Minitel à aujourd'hui ; Cœur à Corps décrit le métier d'hôtesse ; Mon Blog Sexe publie des avis sur des lignes, sans vérification par une source tierce ; Cul et Sexe assume un style cru et des confessions. AllWebPorn, en tête de la sélection, classe les annuaires porno français avec des avis détaillés.
Le critère du palmarès
Ce qui fait monter un blog ici, c'est la possibilité de vérifier ce qu'il avance : une date, une source, un auteur dont on sait au moins le rôle. Ce qui le fait descendre, c'est l'avis présenté comme un fait et le renvoi répété vers une même ligne commerciale au milieu d'un texte qui se dit informatif. Plusieurs blogs de la sélection le font, et leurs fiches le relèvent.
Sources
Inserm et ANRS Maladies infectieuses émergentes, enquête Contexte des sexualités en France 2023, premiers résultats publiés en novembre 2024. Nathalie Bajos et Michel Bozon (dir.), Enquête sur la sexualité en France. Pratiques, genre et santé, La Découverte, 2008.