Le site est gratuit, consultable sans compte et à toute heure, et vise le public français. Sa mention de copyright le situe en ligne depuis 2012, ce qui en fait l'un des doyens de la sélection. Doyen et fourni : sur le papier, tout plaide pour une place sur le podium. Ce qui l'en écarte tient à des éléments que le visiteur ne voit pas toujours, mais qui le concernent directement.
Un fonds d'archives hors norme
Le premier atout est le volume. Plus de 1,2 million de photos et de vidéos sont annoncées, et plus de 2,8 millions de commentaires déposés. Ces deux chiffres viennent du site lui-même et ne peuvent pas être vérifiés de l'extérieur. Pris tels quels, ils décrivent une communauté qui publie et qui discute, pas seulement un entrepôt de fichiers. Le second chiffre est d'ailleurs le plus parlant : un commentaire suppose un lecteur qui s'arrête, et des millions de commentaires supposent une habitude.
Le deuxième atout est l'ancienneté. Un site en ligne depuis 2012 a traversé plusieurs générations de tubes et de réseaux sociaux. Cette longévité ne prouve pas la qualité, mais elle prouve une constance que les nouveaux venus n'ont pas encore eu le temps de démontrer.
Le troisième atout est l'accès. La consultation ne demande aucun compte, ce qui place 2Folie parmi les sites les plus ouverts de la sélection. On entre, on regarde, on repart, sans avoir rien laissé de soi. Pour un fonds de cette taille, l'absence de barrière à l'entrée est un choix cohérent : on ne demande pas sa carte au visiteur d'une bibliothèque publique.
Une copie qui n'a jamais été restaurée
C'est ici que le palmarès devient sévère, et il a ses raisons. Premier défaut : le site n'est servi qu'en HTTP, et la connexion chiffrée échoue. Concrètement, ce qui transite entre le navigateur et le site n'est pas protégé. Pour un site adulte, où la discrétion compte plus qu'ailleurs, c'est un défaut sérieux, et il pèse sur la note quelle que soit la richesse du fonds. Une copie rayée reste regardable ; elle n'est pas pour autant présentable en compétition.
Deuxième défaut, plus discret mais tout aussi parlant : la seule page annexe accessible est la mention 2257, qui atteste de la tenue des registres sur l'âge des personnes filmées. Ni conditions d'utilisation, ni page de contact. Le visiteur ne sait pas sous quelles règles il consulte ni à qui écrire. Pour un site qui accueille des contributions de membres, l'absence de page de contact signifie aussi l'absence de canal évident pour demander le retrait d'un contenu.
Ces deux manques expliquent l'écart avec les premiers de la sélection, dont les pages légales sont complètes. Ils sont pourtant parmi les plus simples à corriger : un certificat, une page de conditions, une adresse de contact. Trois gestes, et le site changerait de catégorie dans ce classement.
Le spectateur pour qui les archives valent la visite
Reste à savoir qui poussera la porte. Le fouilleur d'archives, d'abord : celui qui aime parcourir un grand fonds amateur, lire les échanges sous les publications et retrouver un site qui porte le même nom depuis plus d'une décennie. Pour lui, la séance vaut largement le déplacement. Celui que la confidentialité de sa navigation préoccupe, ou qui tient à pouvoir écrire à l'éditeur, choisira plutôt, dans la même sélection, un tube chiffré et pourvu d'une adresse. L'archive est là ; il lui manque un projectionniste pour l'entretenir.